Mon CHSCT, le si mal connu…

« Plus le temps passe et plus nous prenons conscience des risques qui pèsent sur l’ensemble des travailleurs et particulièrement les plus fragiles, après les précédentes casses liées aux lois Rebsamen et El Khomri », écrivent des élus du CEA de Cadarache.

L’un d’entre eux  envoie ce texte :

Mon CHSCT, le si mal connu…

Mon CHSCT, c’est beaucoup de chiffres :

12 RP titulaires et 12 RP suppléants et autant de représentants de l’employeur, 5 représentants syndicaux car les représentants du personnel siègent en qualité de salariés (même s’ils sont tous syndiqués !), un des 5 médecins du travail, et le chef du service de radioprotection.

1 président qui est le directeur de l’établissement, il est secondé de l’ingénieur de sécurité de l’établissement et des chefs de département R&D et supports administratifs et techniques.

19 réunions plénières dont deux réunions en formation élargie (loi Bachelot).

Autant de réunions préparatoires et des réunions mensuelles entre élus pour faire le point sur l’actualité et les dossiers en cours.

10 inspections d’installations programmées et des inopinées.

2 commissions d’enquêtes suite à accident en 2017 et déjà 2 en 2018.

1 expertise pour risque grave RPS en 2016 et 1 en 2017.

1 secrétaire élu à temps plein et 1 secrétaire technique pour la logistique.

 

Et c’est aussi des participations diverses à des colloques, séminaires et autres groupes de travail internes et externes.

 

Mon CHSCT, c’est la prévention de la santé des travailleurs de l’établissement face à tous les risques :

Un centre de recherche nucléaire avec plusieurs Installations Nucléaires de Base alimenté par de l’électricité et par de l’eau, où l’on fabrique du combustible nucléaire, où l’on analyse physiquement et chimiquement ce qu’on fabrique, où l’on travaille en poste, où l’on assure des permanences et des astreintes. Un centre où l’on croise beaucoup de travailleurs à statut ou sans statut, souvent même précaires. Où de nouvelles installations sont en projet, se construisent mais aussi sont démantelées…

C’est aussi l’application de la loi sur la transparence en matière d’information sur la sécurité nucléaire (loi TSN).

 

Mon CHSCT, il a des forces :

Des forces d’abord humaines parce que l’engagement est important, à la hauteur des enjeux liés aux risques présents dans l’établissement.

Parce que tous les représentants du personnel en sont conscients et mettent la prévention en première préoccupation.

Parce qu’ils se forment régulièrement et parce que leur temps d’engagement n’est pas discutable, car il est cadré par un accord lié au dialogue social (entretien de prise de mandat avec hiérarchique et DRH).

Parce qu’il a développé et entretient des relations avec les institutionnels : inspection du travail, Carsat, autorité de sureté nucléaire (ASN), Commission locale d’information (CLI) et dans une moindre mesure avec le haut comité à la transparence (HCTISN).

Ce sont aussi des forces en termes de moyens humains et matériels, inscrits dans son nouveau règlement intérieur.

Des forces en terme de ressources, en matière de spécialité de ses membres (cadres, techniciens, administratifs, scientifiques, supports, R&D, secours, radioprotection…), de formation (obligatoires, techniques, juridiques, RPS, harcèlement, etc.) et de réseau de salariés du site.

Une implication dans la détection et la prévention des risques psychosociaux depuis les premiers accords nationaux en groupe pluridisciplinaire.

Et des forces syndicales qui soutiennent ses élus et leur apportent un appui pour une approche à plusieurs points de vue des actions et projets.

 

Mon CHSCT, il a malheureusement des faiblesses :

Ses sujets sont souvent très techniques et peu aisés à partager et il ne fait pas encore assez de communication sur son activité quotidienne. En conséquence, il est de fait parfois assez éloigné des salariés qui ne le connaissent pas très bien, sauf à y recourir, même si ses préoccupations sont les leurs.

 

Mon CHSCT, il va disparaitre…

Certes, mon entreprise a des moyens humains et matériels pour gérer au quotidien la santé-sécurité de ses travailleurs avec une organisation dédiée qui fait le job de la direction jusqu’au terrain, mais à l’heure du bilan de 10 ans de prévention des RPS et où on aboutit enfin à une prise de conscience globale de la problématique, l’inquiétude des représentants du personnel est palpable quant aux moyens restants, quant aux prérogatives entamées, quant à l’impact sur les futures conditions de travail des salariés statutaires et non statutaire, précaires, responsables d’une famille monoparentale, à temps partiel, avec des potentielles inaptitudes, etc. et la distance de fait qui risque d’isoler les travailleurs de leurs représentants.

 

J’ai bien conscience que l’instance pour laquelle je donne autant de mon temps professionnel n’est pas un CHSCT « témoin » et qu’il  ne peut représenter l’instance telle qu’elle fonctionne quotidiennement dans la majorité des entreprises où la réalité de l’activité des représentants du personnel, qui s’y investissent parfois au détriment de leur carrière et de leur propre santé, est souvent bien éloignée de ce que je vis. Mais la philosophie qui nous anime, mes collègues et moi, nous rend inquiets pour l’avenir et pour la santé physique et mentale des travailleurs quels qu’il soient.

 

Franck MARION

Membre du CHSCT CEA Cadarache